Sevrage du poulain : comment réduire le stress ?

Séparer le poulain de sa mère dans le calme et la confiance : les solutions

Comment bien sevrer un poulain ? C’est la question que tous les éleveurs et éleveuses se posent. En effet, les conséquences d’un mauvais sevrage peuvent être dramatiques : un poulain paniqué qui se blesse au box ou sur les clôtures, des difficultés à le manipuler, des ulcères, coliques et problèmes d’alimentation, le développement d’une agressivité envers l’Homme… Autant d’éléments qui peuvent compromettre sa vente, et qui risquent de porter atteinte à la réputation de votre élevage. 

Pour vous accompagner dans cette étape cruciale, cet article propose des méthodes permettant d’aborder au mieux le processus de sevrage du poulain, de prévenir les éventuelles répercussions d’un mauvais sevrage, et de travailler à l’âge adulte sur des traumatismes passés issus du sevrage.

Comment se passe le sevrage d’un poulain ?

Pour agir de manière adaptée, il faut avant tout comprendre ce qu’implique le sevrage du point de vue du poulain et l’impact de l’homme sur ce dernier. Pour tous les petits mammifères, le sevrage est une période charnière d’un point de vue nutritionnel, mais aussi relationnel. Les poulains sauvages et les poulains domestiques le vivent de façon très différente.

Le sevrage naturel

Chez les chevaux retournés à l’état sauvage (mustangs, brumbies, chevaux de Namibie, etc.) la séparation entre le poulain et sa mère intervient entre 8 et 12 mois, le plus souvent vers 9-10 mois. Le détachement est spontané. Il correspond :

  • Au rejet du poulain par sa mère lorsqu’elle met bas du poulain suivant.
  • À l’autonomie alimentaire, lorsque le poulain n’a plus besoin de se nourrir de lait maternel.

Le jeune cheval se tourne alors vers ses congénères, souvent des poulains de son âge. C’est la période où il investit pleinement la sphère sociale, et en apprend les codes sur des bases psychologiques saines.

Pour les chevaux domestiques, ce type de sevrage est possible lorsqu’il n’y a pas de pression économique sur le remplissage de la jument, sur la manipulation et la vente  du poulain. Ceci s’applique donc plutôt aux particuliers qui font naître des poulains, mais n’est pas adapté aux contraintes de l’élevage.

Le sevrage artificiel

Sauf parti pris spécifique, il est compliqué pour un éleveur de respecter le processus naturel de sevrage. Les raisons sont principalement économiques, mais parfois médicales. De plus, il est plus facile de créer une relation homme-cheval avec un jeune manipulé sans sa mère après ses six mois.

Les méthodes employées ont évolué progressivement avec l’apport des connaissances en recherche scientifique équine. Le principe reste cependant le même : isoler le poulain de sa mère à un âge précis (en général vers 5 ou 6 mois) afin de :

  • Disposer à nouveau de celle-ci comme reproductrice.
  • Manipuler le poulain à une période clé de sa vie.

jeune cheval stressé galope autour de son pré

Méthodes de sevrage des poulains

Les éleveurs ont toujours cherché à faire au mieux pour répondre aux différentes contraintes du métier. Mais les chevaux mal sevrés présentant des troubles physiques ou du comportement sont légion. Ceci a des conséquences importantes sur les frais vétérinaires, la performance du cheval et sur la sécurité des personnes. Les connaissances et les mentalités évoluant, il existe maintenant différentes façons de procéder au sevrage du poulain.

Sevrage immédiat entre détresse psychologique et enjeux financiers

Le sevrage immédiat consiste à séparer la jument et son poulain de manière soudaine et définitive. L’âge auquel est fait ce sevrage (4 à 6 mois) dépend uniquement des contraintes pratiques et économiques de l’éleveur : la mère doit être de nouveau disponible pour la saillie et ne doit pas être épuisée par un allaitement de longue durée.

La séparation progressive : une technique plus douce et facile à mettre en œuvre

Le sevrage progressif consiste à créer des barrières physiques entre le poulain et sa mère permettant néanmoins le contact olfactif, visuel et auditif. Progressivement, le poulain s’habitue à des périodes de séparation de plus en plus longues.

Moins stressant que le sevrage immédiat, cette méthode offre de meilleurs résultats sur le comportement du poulain au moment du sevrage (moins d’agitation, maintien de la prise alimentaire). Les chevaux adultes ainsi sevrés sont aussi plus faciles à manipuler et plus sociables avec leurs congénères

Le sevrage collectif : une solution pour les gros élevages

Si le nombre de poulains nés la même année est conséquent, il est possible de pratiquer le sevrage collectif. Lorsque les poulains sont en âge d’aller au paddock, les dyades mère-poulain sont rassemblés en troupeau dans une pâture collective.

Au moment du sevrage, les deux juments les moins maternelles (ou mères des poulains les plus indépendants) sont retirées du troupeau. Les poulains concernés par la séparation se rassurent auprès de leurs pairs et des juments restantes. Le procédé est réitéré quelques jours plus tard et ainsi de suite jusqu’à ce que le groupe ne soit constitué que de poulains, et, éventuellement, de chevaux plus âgés non reproducteurs.

Cette méthode produit de bons résultats, mais n’est possible que dans les plus gros élevages.

Le sevrage progressif et collectif : au plus proche des besoins physiologiques

Le plus doux, mais aussi le plus chronophage des sevrages, combine le collectif et le progressif. Toutes les dyades mère-poulain sont placées ensemble en pâture et, progressivement, quelques mères sont écartées du groupe de plus en plus longtemps. Le processus est terminé lorsque toutes les juments peuvent être retirées d’un coup du troupeau sans causer de stress aux poulains.

Cette méthode a l’avantage de respecter au mieux les besoins des animaux, et favoriser l’emploi futur des chevaux. Elle est néanmoins extrêmement prenante, donc difficile à mettre en œuvre.

Quels sont les potentiels troubles du comportement liés au sevrage ?

Un sevrage non respectueux des besoins physiologiques et affectifs du poulain a toujours des conséquences. Elles passent parfois inaperçues, mais peuvent aller jusqu’aux troubles de l’immunité, de la croissance, ulcères gastriques, coliques, troubles du comportement… Elles s’arrangent avec le temps, mais ces affections marquent durablement l’état du cheval, et l’impactent toute sa vie.

«  Ce yearling tournait sans arrêt dans son box, était toujours nerveux et se montrait peu sociable. Après 6 semaines de Reset, le cheval est posé et calme. Il ne s’agite plus au box et est devenu très gentil avec les humains »

Julie, manager de haras

Conseils pour réussir le sevrage d’un poulain

Pour un animal grégaire comme le cheval, toute séparation est une source de stress. Le sevrage doit donc concentrer toute votre attention d’éleveur pour que vos produits soient aussi sains dans leur corps que stables dans leur mental.

Observer et respecter les stades développement du poulain

Comme tous les petits mammifères, le poulain est très attaché à sa mère. Elle représente tout pour lui : la nourriture, la sécurité, l’affection.

Certains poulains sont plus précoces et indépendants que d’autres, selon leur personnalité. Nous vous conseillons donc d’observer le comportement du poulain avant de décider d’une date de sevrage. Par exemple, un poulain timide aura besoin de plus de temps avec sa mère, mais devra être manipulé régulièrement afin de ne pas développer un tempérament farouche. Le caractère explorateur de certains poulains peut aussi être mis à profit en les laissant prendre une place de leader.

S’appuyer sur les instincts sociaux

Les personnalités des chevaux sont déjà visibles à un âge précoce : certains poulains sont craintifs, d’autres aventuriers, il y a des placides et des bagarreurs. Placés dans la même pâture en compagnie de leurs mères, ils peuvent développer des liens entre eux qui les aideront à se détacher plus naturellement.

Il est donc conseillé de rassembler les dyades mère-poulain dès que ce dernier est suffisamment solide pour intégrer le groupe. C’est la méthode du sevrage collectif, la plus proche des conditions naturelles et la moins traumatisante.

Manipuler en douceur et progressivement

Vous le savez, les très jeunes poulains se laissent généralement assez facilement manipuler dans leurs premiers jours de vie. En 1991, le docteur Miller a développé des techniques d’imprégnation pour permettre aux chevaux de mieux supporter le contact avec l’homme (soins vétérinaires, parage, ferrage, sanglage, etc.).

À l’époque, l’apport a été conséquent, mais ces méthodes sont aujourd’hui critiquées. Selon Virginie Durier (chercheuse à l’Université de Rennes 1), l’imprégnation perturbe le lien d’attachement avec la mère, ralentit le processus d’émancipation et influence négativement la sociabilité avec les congénères. Comme les poulains apprennent beaucoup par imitation, il est plus judicieux et durable de s’occuper de leur mère et de miser sur leur curiosité naturelle.

Bien sûr, une fois le poulain parvenu à l’étape du sevrage, le manipuler régulièrement facilite ses relations avec l’homme à l’âge adulte. La patience, le calme et l’affection sont de rigueur afin de substituer l’humain à la mère comme figure de référence.

Accompagner par les plantes

Sources : 

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