Quels sont les risques encourus avec un cheval difficile au ferrage et comment y remédier ?

Votre profession de maréchal ferrant vous expose à de nombreux stress. Fractures, contusions et blessures graves : les récits d’accident sont fréquents. En 2023, 79 % des maréchaux déclarent avoir été victime de blessures professionnelles au cours de leur carrière, selon une enquête publiée par l’IFCE (Institut français du cheval et de l’équitation).

Dangereux, le métier l’est d’autant plus si vous devez ferrer un cheval difficile, peureux, voire traumatisé. Cet article aborde les risques auxquels vous êtes exposé, les causes expliquant pourquoi un cheval peut se montrer rétif et vous propose des solutions pour exercer votre métier plus sereinement.

Du parage d’un cheval difficile au ferrage impossible

Nous le savons bien : les chevaux sont rarement tranquilles et pleinement confiants lors du ferrage. Proie naturelle des grands prédateurs (dont l’homme), la fuite est leur principale solution de survie. Un rien les effraie : un coin sombre du manège, le vent qui fait claquer le couvre-reins, un arbre couché, et c’est la tension qui monte. En plus de ces réactions naturelles, ils sont sujets aux traumatismes psychologiques, liés à des souvenirs négatifs répétés ou intenses, et sont susceptibles de développer des peurs ancrées. Ceci est d’autant plus vrai avec les chevaux de sport et les chevaux de course, très près du sang.

Les conséquences de la peur, instinctive ou acquise suite à des expériences difficiles, peuvent être très dangereuses pour le cheval. Mais elles le sont aussi pour vous : sursauts, écarts, morsures, coups de pied… un simple parage peut se transformer en calvaire.

Les accidents ne sont pas rares et parfois graves. Certains chevaux compliqués et peureux peuvent même devenir agressifs. Pour cause de blessure grave, de stress ou de douleurs chroniques, les maréchaux sont nombreux à stopper leur carrière prématurément : seuls 11 % d’entre vous ont plus de 50 ans.

Avec un cheval difficile, quand la situation perdure, se complique et devient trop risquée, le ferrage et les soins des pieds deviennent impossibles. La santé de l’animal et ses performances sont alors sérieusement remises en question, et le poids financier qu’il représente s’alourdit.

Les dommages causés par un cheval réactif aux soins de maréchalerie

Lorsque l’incident survient, plusieurs acteurs en subissent les conséquences : le maréchal, le cheval, le propriétaire et le cavalier.

Les dommages causés au maréchal

Ferrer un cheval difficile représente un risque important pour votre intégrité physique et votre matériel.

Les risques encourus sont principalement les coups de pieds et de tête qui peuvent vous causer des traumatismes crâniens et d’importantes blessures aux jambes, au torse et au visage. Vos mains et vos pieds, même chaussés de souliers de sécurité, peuvent subir des écrasements. Votre corps entier est également une cible potentielle de morsures. Enfin, citons la fatigue et les problèmes musculaires engendrés par la lutte avec un cheval qui refuse de se laisser faire.

Vos outils aussi peuvent souffrir de cette situation : pinces, râpes et brochoirs endommagés, trépied abîmé, tablier déchiré, licols, longe et matériel de contention cassés, etc. À cette liste s’ajoute le temps perdu sur votre vie privée, les retards de planning et ses conséquences pour les autres propriétaires (ferrure ou soin en prévision des compétitions, par exemple).

Les dommages causés au cheval, à son propriétaire et au cavalier

Les chevaux difficiles et peureux, qui présentent du stress et de l’agressivité au ferrage, sont plus susceptibles de se blesser eux-mêmes :

  • Coupures et écorchures sur le sabot ou les membres ;
  • Entorses et fractures ;
  • Sabots mal soignés, voire laissés en l’état ;
  • Traumatisme psychologique.

Les conséquences peuvent aller d’une indisponibilité plus ou moins longue, voire totale, jusqu’au décès du cheval.

Voir son cheval souffrir génère de l’inquiétude chez le propriétaire et le cavalier. Cette dimension psychologique s’ajoute aux impacts sportifs et financiers liés à l’indisposition du cheval. Ils se traduisent par des surcoûts de soins vétérinaires, un retard dans le programme d’entraînement et l’annulation de compétitions, dont certaines capitales pour la sélectionnabilité.

La personne responsable de l’écurie dans laquelle le cheval réside peut assister, elle aussi, à la dégradation de son environnement et son matériel : clôtures arrachées et stalles détériorées, par exemple. Le personnel présent au moment des faits peut aussi être une victime collatérale d’un accident. Ces difficultés sont parfois doublées de complications légales en lien avec votre responsabilité.

Responsabilité du maréchal ferrant : les aspects légaux

Selon l’article 1242 du Code civil :

« On est responsable non seulement du dommage que l’on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre, ou des choses que l’on a sous sa garde. » 

En tant que maréchal ferrant, vous assumez les conséquences médicales des soins que vous prodiguez aux pieds des chevaux. En tant que gardien momentané du cheval qu’on vous confie, vous en assumez légalement la responsabilité, avec toutes les conséquences que cela implique.

Concrètement, cela signifie que vous êtes responsable des dommages corporels causés par le cheval sur lui-même. Cette responsabilité dans la carrière du cheval est un facteur de stress important pour 74 % des maréchaux, selon l’étude de l’IFCE.

Et pour cause, la jurisprudence révèle l’engagement de la responsabilité du maréchal dans les affaires suivantes :

  • Un cheval s’est blessé en tentant de fuir en réaction à une meuleuse laissée sans surveillance (Tribunal de grande instance de Moulins, 2011).
  • Mort d’un cheval à la suite d’un stress intense lors d’un parage dans des conditions défavorables (Cour d’appel de Dijon, 2008).

Que vous soyez condamné ou non, votre implication dans ce type de situation peut avoir des répercussions financières sérieuses, un impact dommageable sur votre réputation et porter atteinte à la profession. D’où l’importance de comprendre d’où vient le problème du cheval afin de disposer de solutions de fond pour traiter le problème en amont.

Pourquoi un cheval est-il difficile à ferrer ?

Il existe différentes raisons pour lesquelles un cheval évite le contact avec vous, fait des écarts, retire ses pieds, mord ou tape. On pointe facilement la jeunesse ou une éducation négligée, mais il faut aussi s’interroger sur un psychisme perturbé et de possibles douleurs physiques.

Le cheval réactif à cause de la douleur

Avec un cheval qui ne se laisse pas facilement manipuler ou qui présente des signes d’inconfort (oreilles couchées, fouaillements de queue, dents découvertes, pied levé, etc.) la première chose à faire est de vérifier s’il souffre ou non d’atteintes physiques :

  • Sabots douloureux (qui limitent la possibilité de la station sur trois pieds) ;
  • Tensions dans l’anatomie globale (mouvement douloureux) ;
  • Problèmes dentaires et gênes internes (souhaite qu’on le laisse tranquille).

Le cheval agressif, anxieux ou traumatisé

Dans la nature, le cheval est un animal placide, grégaire et routinier, qui broute environ 16 heures par jour dans un espace dégagé et calme. De ce fait, les conditions de vie modernes qui leur sont offertes peuvent devenir une importante source de stress :

  • Séparation avec les congénères ;
  • Mode d’alimentation inadapté ;
  • Environnement bruyant ;
  • Expériences nouvelles ;
  • Équitation non respectueuse.

Selon leur génétique, leur éducation, leur passé et la qualité des relations qu’ils entretiennent avec les humains qui s’occupent d’eux, certains chevaux s’y adaptent mieux que d’autres.

À l’extrême, se trouvent les chevaux qui ont vécu de mauvaises expériences par le passé et qui présentent des troubles de traumatismes psychiques. Ils sont handicapés dans leur capacité à s’adapter, deviennent rétifs, fuyants ou agressifs.

Le cas de la jument “pisseuse”

La jument ovarienne, aussi appelée “pisseuse”, présente un trouble du comportement lié à un dérèglement hormonal.

Solutions possibles pour faciliter le travail des maréchaux ferrant

Il faut avoir en tête que les soins de maréchalerie sont, par nature, anxiogènes pour les chevaux. Pour travailler sur des chevaux calmes et confiants, il est nécessaire d’aménager vos conditions d’intervention. Vous pouvez également être force de proposition auprès des propriétaires avec des recommandations pour un travail de fond.

Aménager les conditions d’intervention

Un cheval difficile devrait donc être ferré dans des conditions aménagées pour limiter son stress : un lieu connu, calme, avec des congénères amicaux à proximité. S’il réagit fortement au bruit, il est aussi possible de lui installer des bouchons d’oreilles.

Ayez conscience que l’évitement (cheval qui s’écarte ou refuse de garder son pied en place) n’est pas forcément un signe d’indocilité, mais surtout de peur. Bien que l’agacement soit parfois difficile à contrôler, il est conseillé de parler calmement et de rassurer plutôt que de recadrer.

Pose fer chaud peur cheval

Travail de fond pour améliorer l’équilibre mental

Filippo, cavalier CSO

« Mon cheval de jumping n’acceptait pas d’être ferré sans être sous sédatif pour être ferré. Après 3 semaines de complémentation avec Reset, le cheval accepte le maréchal sans difficulté et sans recours au sédatif. »

Sources : 

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